No safe
seats
DisastAir
- seul transporteur aérien à miser ouvertement
sur le désastre. Un désastre froid, concerté,
voulu comme tel.
Le but de l'opération est fort simple: s'écraser.
Coûte que coûte.
Il faut savoir gérer la chose, comme le prescrivent
nos sociétés occidentales, se donner l'illusion
d' une forme d'emprise sur les événements.
Avec Hygiène des
Voyages, premier volet de
la réflexion, Cliche envisageait la catastrophe
au travers d' éléments qui ont - d'ordinaire
- pour valeur d'assainir et de sécuriser notre
rapport au transport aérien.
( D' un point de vue ludique, il s'agissait plutôt
de travestir un certain langage
universel des mesures de sécurité ; langage
opérant, fonctionnel, normatif. La langue de
qui veut penser à ta place , te dire quoi faire
. Langue de ceux qui savent. )
Les préparatifs achevés, Cliche en est
maintenant au Point de Chute, ce moment où la
vie bascule ( dans les accélérations et
les ralentis du temps qui ne compte plus ), fait table
rase ( leave everything behind ). Moment d' extrême
dénuement face à l'irrémédiable
; sentiment d'une équation insoluble , qui n'a
de sens que dans sa finalité.
Des fanions sont là pour guider le pilote - repères
insolites - de même que pour diriger le regard
des spectateurs vers une sorte de couloir mortifère
autour duquel - prêts à intervenir - sont
stationnés des volontaires de toute sorte. Leur
importance est marquée par ce souci - pratique,
on s'en doute - de délimiter l'espace où
s'écraser.
Au sol, tout un système est ainsi élaboré,
mis en place, activé - de sorte qu' il assure
un certain respect du protocole d'écrasement.
Parce que nous sommes , ne l'oublions pas , en plein
spectacle . (Les gradins en bout de piste - sur la maquette
- ne manquent d'ailleurs pas de le rappeler).
Qu' est-ce à dire ?
Me semble qu'il y a là-dedans comme une espèce
de sacralisation de l' écrasement - vécu
comme rituel - en même temps qu'une ironie sur
la fonctionnalité des choses qui ont de quoi
surprendre.
Martin-Pierre Tremblay
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